La base navale de Toulon occupe une large part de la rade du même nom, soit plus de 1 500 hectares d’eau protégée par un relief naturel qui atténue les houles de sud-est et le mistral. Cette base navale française en Méditerranée constitue le premier port militaire du pays et l’un des plus importants d’Europe, accueillant la majeure partie des bâtiments de combat de la Marine nationale, dont le porte-avions Charles de Gaulle.
Vestiges antiques sous la base militaire de Toulon : ce que révèlent les fouilles de Milhaud
Depuis septembre 2025, l’Inrap mène des fouilles archéologiques préventives sur plusieurs dizaines d’hectares, à terre comme en mer, dans le secteur de Milhaud. Ces recherches sont prescrites par le Drassm dans le cadre du projet d’aménagement destiné à accueillir le futur porte-avions de nouvelle génération (PA-NG).
Les résultats publiés en mai 2026 dépassent la simple confirmation d’une présence romaine. Les archéologues ont mis au jour un vaste établissement antique tourné vers le commerce maritime, occupé entre le IIe siècle avant J.-C. et le début du IIIe siècle après J.-C. L’ancienne île de Milhaud, barre rocheuse faiblement détachée du littoral, abritait une organisation bâtie régulière, ouverte au sud-est vers une plage donnant sur la rade.
Le flanc nord de l’île était protégé par d’importantes maçonneries défensives, dont des fortifications et une tour. Avant de devenir un site militaire au XVIIe siècle, ce lieu servait donc de pôle commercial méditerranéen. La superposition des couches d’occupation, du négoce antique à l’arsenal moderne, fait de Milhaud un cas archéologique rare, directement lié à la transformation du port de Toulon.

Arsenal de Toulon : cinq siècles de construction navale militaire
La vocation militaire de Toulon s’affirme à partir du XVIe siècle avec la création de l’arsenal. L’histoire de ce site se confond avec celle de la puissance navale française en Méditerranée.
Colbert, Vauban et la structuration du port militaire
Sous Louis XIV, Colbert, ministre de la Marine, fait de Toulon un outil stratégique de premier ordre. Vauban conçoit la Corderie Royale en 1701, seul témoignage subsistant de son intervention directe dans l’arsenal. Ce bâtiment jouait un rôle central dans la fabrication des cordages nécessaires aux vaisseaux à voile.
La porte monumentale de l’arsenal, datée de 1738, est conservée au musée national de la Marine installé à proximité depuis 1981. Ce musée retrace l’évolution du port militaire à travers une collection de maquettes de vaisseaux et de galères.
Guerres et reconstructions de la rade de Toulon
Le site a traversé chaque conflit majeur. La Seconde Guerre mondiale a particulièrement marqué la base : le sabordage de la flotte française en novembre 1942 reste l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire navale du pays. La reconstruction d’après-guerre a redéfini l’organisation des infrastructures portuaires et industrielles.
Aujourd’hui, l’arsenal de Toulon concentre des capacités de maintenance lourde, y compris pour la propulsion nucléaire. Le porte-avions Charles de Gaulle y subit régulièrement des arrêts techniques majeurs, dont une modernisation annoncée pour 2027-2028.
Projet PA-NG et avenir de la base navale de Toulon
Le porte-avions de nouvelle génération (PA-NG) est le programme qui structure les aménagements futurs de la base. C’est précisément pour préparer ses infrastructures d’accueil que les fouilles archéologiques du secteur de Milhaud ont été lancées.
Ce projet implique des transformations à grande échelle :
- La reconfiguration de quais et de bassins capables de recevoir un bâtiment de dimensions supérieures au Charles de Gaulle
- L’intégration de nouvelles capacités industrielles pour la maintenance d’un navire à propulsion nucléaire de dernière génération
- La coordination entre impératifs archéologiques, contraintes opérationnelles militaires et calendrier de livraison du PA-NG
La France a connu des périodes sans porte-avions disponible, comme les dix-huit mois liés à un arrêt technique du Charles de Gaulle. Le PA-NG vise à garantir la permanence de la capacité aéronavale française, ce qui fait de Toulon le pivot logistique de cette ambition.

Archéologie sous-marine et coopération militaro-scientifique à Toulon
La rade de Toulon n’est pas seulement un espace opérationnel. Elle abrite aussi des épaves historiques qui font l’objet de campagnes de recherche conjointes entre archéologues et marins.
En 2026, le Drassm et la préfecture maritime de Méditerranée ont lancé une exploration de l’épave de La Lune, navire de guerre du Roi-Soleil englouti au large de Toulon. Cette opération combine moyens robotiques et plongée humaine, avec le concours du CEPHISMER, le centre d’expertise de la plongée de la Marine nationale.
Ce type de coopération illustre un usage dual du patrimoine militaire de la rade : les compétences et les moyens de la base navale servent directement la recherche archéologique, tandis que les découvertes enrichissent la compréhension historique du site.
Toulon base militaire ouverte au public : visites et événements
L’accès à la base navale de Toulon reste strictement contrôlé, mais des ouvertures ponctuelles permettent au public de découvrir le site. Pour les 400 ans de la Marine nationale, des visites commentées de la rade avec accès exceptionnel à la base ont été organisées en août 2026, avec contrôle d’identité et embarquement maritime.
Le patrimoine militaire accessible de façon permanente comprend plusieurs sites :
- Le musée national de la Marine, situé à côté de la tour de l’horloge, qui conserve la porte monumentale de l’arsenal et des collections de maquettes navales
- Le fort de Balaguier à La Seyne-sur-Mer, qui offre un point de vue sur la rade et retrace l’histoire défensive du littoral
- Les Journées européennes du patrimoine, qui ouvrent chaque année certains bâtiments militaires habituellement fermés
Une course pédestre inédite dans l’enceinte de la base navale est prévue pour octobre 2026, signe d’une volonté d’ancrer davantage le port militaire dans la vie locale.
L’ancien cercle naval de Toulon connaît aussi une reconversion : il accueille désormais une école d’ingénieur spécialisée dans les drones sous-marins, autre marqueur de la transition entre héritage historique et technologies navales de demain. Toulon reste un port où le patrimoine du XVIIe siècle coexiste avec les programmes de défense les plus avancés, du PA-NG aux drones autonomes.

